Longtemps, le diplôme a été le symbole de la réussite sociale. Aujourd'hui, les chiffres racontent une autre histoire. Alors que le pays finalise sa nouvelle Politique Nationale de l’Emploi (PNE), les données récentes de l'ANSD et d'Afrobarometer lancent une véritable alerte sociale.
1. Le paradoxe : Plus instruits, mais plus au chômage
C’est le constat le plus frappant de 2025-2026 : la jeunesse sénégalaise n'a jamais été aussi éduquée, mais elle n'a jamais eu autant de mal à s'insérer.
- Le niveau d'instruction explose : 55 % des jeunes ont atteint le secondaire ou le supérieur, soit plus du double des générations précédentes.
- Le chômage suit la même courbe : Le taux de chômage élargi chez les jeunes (15-34 ans) culmine à 23,6 % (T3 2025), contre seulement 14,4 % chez les adultes.
- L'injustice du diplôme : Paradoxalement, un diplômé du supérieur a aujourd'hui moins de chances de s'insérer rapidement qu'un profil limité au primaire, à cause de la saturation du secteur formel et de l'inéquation des compétences.
2. L'alarme du phénomène NEET
Plus d'un tiers des jeunes (34 %) se retrouvent aujourd'hui dans la catégorie NEET (Not in Education, Employment or Training). Ils ne sont ni à l'école, ni en formation, ni au travail.
"Chaque année, près de 200 000 nouveaux entrants arrivent sur le marché, mais l'économie n'en absorbe qu'une infime partie", souligne le Ministre de l'Emploi, Amadou Ndieck Sarré.
3. Les 3 barrières identifiées par les jeunes
Selon l'enquête Afrobarometer (Round 10), les jeunes identifient eux-mêmes les obstacles :
- L'inadéquation : Un décalage flagrant entre les compétences académiques et les besoins des entreprises (Digital, Logistique, BTP).
- Le manque de pratique : 35 % des jeunes déplorent une formation trop théorique.
- Le découragement : La baisse du taux d'activité (de 61,3% à 57,3% en 5 ans) montre que beaucoup de jeunes finissent par abandonner la recherche ou se tournent vers l'émigration.

4. L'émigration : Le "plan B" de 8 jeunes sur 10
L'optimisme reste présent (75 % des jeunes pensent que le pays avance dans la bonne direction), mais il est fragile. 60 % des jeunes ont déjà envisagé l'émigration. Pour 80 % d'entre eux, la motivation est purement économique : trouver un emploi que le marché local ne leur offre pas encore.
💡 Conclusion : Comment inverser la tendance ?
Le diplôme n'est pas mort, mais il doit muter. La solution réside dans :
- La professionnalisation : Se tourner vers des secteurs en tension comme le BTP (Projet Tierra Firme) ou le Numérique (Pôle STN).
- L'entrepreneuriat : La majorité des jeunes aspirent désormais à créer leur propre structure.
- La formation continue : Ne plus s'arrêter au diplôme initial, mais acquérir des certifications pratiques.
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